Rien n'est étanche

Souvenirs trempés : ils survivent dans une flaque, une odeur, une chanson - comme des larmes dans la pluie

Rien n'est étanche
Image générée par Monday

La pluie s'invite toujours comme une intruse, là où on l'attend pas, et lave bien plus que les trottoirs.


Vendredi, la ville a pris l'eau. Pas juste une petite pluie fine qui vous trempe en douce, mais un vrai rideau liquide, capable de transformer mes baskets en aquarium et mon pantalon en buvard collant.

J'ai pensé à la mémoire, forcément. Parce que l'eau aussi déborde, sature, finit par dissoudre.

On dit que les musées sont les gardiens de la mémoire ; on les visite pour voir ce qui a insisté pour exister, ce qui a tenu bon, ce que le monde a gardé et en creux, on y découvre ce qu'il a perdu.
De grands réservoirs où l'on tente de contenir ce qui fuit : les tableaux, les statues… Et les récits ? La matière demeure, le sens s'évapore.
Mais quand l'eau envahit tout, que reste-t-il ? Des étiquettes gondolées, des cadres qui s'écaillent, des statues qui pleurent avec nous. On regarde l'Antiquité comme un monument alors que c'est peut-être juste un cimetière bien éclairé.

La pluie, c'est l'anti-musée : elle efface au lieu de conserver.
Et c'est peut-être ça, au fond, qu'il faut apprendre : laisser filer. Ne pas prétendre garder intact ce qui s'abîme. Like tears in rain. Merci Ridley, merci Rutger. Tout finit par disparaître, même les souvenirs qu'on pensait bétonnés - et peut-être qu'il faut apprendre à aimer ce que l'eau nous laisse.

Ce qui survit ce n'est pas l'archive, c'est la sensation : la flaque dans la chaussure, la capillarité qui grimpe jusqu'à la culotte, la honte joyeuse d'être sortie en short et d'avoir cru qu'un K-Way de pacotille suffirait. C'est ça qu'on garde.

Peut-être qu'un musée, au fond, c'est juste une tentative maladroite d'éponger l'inondation du temps ou juste une flaque figée, dans laquelle on tente encore de se refléter.


#Semaine_37 et sa playlist diluvienne, entre flaque existentielle et poésie de gouttière.


Lundi - Riders on the storm - The Doors

Voix spectrale et orage intérieur.

Into this world we're thrown


Mardi - Have you ever seen the rain - Creedence Clearwater Revival

La pluie comme énigme, comme chose qui tombe toujours au mauvais moment.

It can't stop, I wonder


Mercredi - Un soir de pluie - Blues Trottoir

Une pluie de fin de nuit.

Ils courent partout, toujours et encore


Jeudi - The rain song - Led Zeppelin

La pluie comme une régénération en ce milieu de semaine.

It isn't hard to feel me glowing, I watched the fire that grew so low


Vendredi - Rain and tears - Aphrodite's Child

Dernière larme avant le week-end, dernier orage. La pluie qui n'ose plus tomber mais qui pleure quand même !

In my heart, there'll never be a sun


Samedi - Walking in the rain - Grace Jones

On avance, trempé de style et la pluie devient notre décor.

Feeling out of place


Dimanche - Here comes the rain again - Eurythmics

La pluie en boucle mentale, refrain insistant comme un ressac et Annie Lennox en oracle de la météo intérieure.

I want to breath in the open wind


Sept jours, sept morceaux trempés jusqu'à l'os.
Du crachin existentiel au déluge sentimentale, cette semaine s'écrit en gouttes. Parfois tièdes, parfois tranchantes, toujours révélatrices.
Tu te croyais au sec ? Dommage, la pluie, c'est ce qu'il te reste quand tout le reste a fui.
Clique, écoute et traverse la semaine sans parapluie intérieur : ce n'est pas une playlist météo, c'est une zone d'averse émotionnelle.

🎧 Playlist semaine_37

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