Repères

Nos vies sont des droites parallèles qui parfois se heurtent. Et ces collisions font naître des repères - épingles lumineuses sur la carte du temps.

Repères
Image générée par Monday

Tout a commencé avec Child in time de Deep Purple.
Une montée interminable, un cri suspendu comme si le temps hésitait entre s'écouler et s'arrêter net.
Et tout à coup, je me suis dis qu'à défaut de voyager dans le temps, pauvres Êtres de troisième dimension que nous sommes, c'est le temps qui nous traverse, tandis que nous demeurons immobiles sur son axe.


Nos vies sont des frises chronologiques qui courent côte à côte, parallèles, bien sages.
Nous évoluons dans l'espace - à gauche, à droite, en haut, en bas, en avant, parfois un peu trop en arrière.
Mais sur l'axe du temps, rien à faire : nous sommes figés et traversés.
Le temps est ce quatrième axe invisible qui nous perce comme une aiguille.

Alors pour exister un peu, on bouge. Et dans ce mouvement, nos frises parfois se croisent.
Un café partagé, une phrase échappée, un regard trop long - et deux lignes droites s'entremêlent.
Pas pour toujours : juste assez pour que quelque chose dévie, pour qu'un repère apparaisse.

Ce sont nos coordonnées secrètes, ces moments où l'espace et le temps cessent d'être neutres.
Ces repères spatio-temporels qui balisent nos existences sans qu'on sache trop pourquoi : une veille de Toussaint sur une très longue avenue, un chocolat chaud dans la galerie d'une FNAC, du tabac à pipe dans un bar à Aix-en-Provence, une clim qui souffle de travers un 24 avril…
Le monde avance, mais ces points restent, lumineux comme des épingles dans la carte du réel.

Peut-être que la mémoire n'est rien d'autre que ça : un relevé de collisions.
Nos vies reprennent leur course, parallèles à nouveau mais marquées par la cicatrice de l'intersection.

Nous ne faisons pas des rencontres : nous créons des repères dans le tissu de l'Univers.


#Semaine_41 et sa playlist dilatée, entre le cri du temps et le vertige de l'instant.


Lundi - Child in time - Deep Purple

Le cri primordial, l'explosion du temps ; tout commence ici, dans la faille.

See the blind men shooting at the world


Mardi - Time - Pink Floyd

Les horloges sonnent et mesurent l'éternité à la seconde près.

And you run and you run to catch up with the sun


Mercredi - Terminal Twilight - Martha & The Muffins

Le temps qui refuse de finir.

Sharpless silhouettes slipping just out of sight


Jeudi - Walking in space - Quincy Jones

Suspendues entre deux dimensions, les pensées s'étirent.


Vendredi - The lost spaceship - ALT 236

Errance cosmique, plus aucun axe n'existe.


Samedi - Half a world away - R.E.M

Les distances ne sont pas qu'une question d'espace. Parfois, elles se mesurent en mémoire.

Blackbirds, backwards, forwards and fall


Dimanche - Souvenir - Orchestral Manœuvres in The Dark

Rien n'a bougé mais tout a changé...

You'll understand, it's not important now


Sept morceaux, sept coordonnées, sept points dans le tissu du temps.
Clique, écoute et laisse les lignes se croiser un moment avant de reprendre leur course parallèle.

🎧 Playlist semaine_41

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