L'escalier de la Pythonisse
Monter ou descendre ? À Delphes, c'est le même chemin. La sagesse n'évite pas la chute - elle apprend à y consentir.
On dit parfois que la spiritualité, c'est un chemin qui s'élève. Une lumière vers le haut, un appel d'air.
Mais si la sagesse était au contraire une descente ? Une plongée dans l'obscurité du monde, les pieds dans la glaise, la main sur la rampe ?
Lors d'une insomnie entre ma bibliothèque, les ruines de Delphes et les pages numérisées de Wikipédia, je suis tombée sur cette maxime gnostique :
Le chemin pour monter est le chemin pour descendre.
Rien que ça.
En haut, le temple d'Apollon.
En bas, la caverne du serpent Python.
Lumière, obscurité. Dieu solaire, forces telluriques.
Et entre les deux : l'oracle, une femme qui tremble.
Delphes est un lieu de brouillard. Rien n'y est. Les réponses sont énigmatiques, les messages toujours doubles. On y accède par un sentier sinueux ; on y lit 147 maximes, dont la toute dernière, discrète comme une note de bas de page, dit :
Devant la mort, sois sans chagrin. - ἄλυπος
Je connaissais ce mot. En glissant d'une langue à l'autre, il s'est figé dans un prénom : Alipio.
Une traduction ? Une survivance ? Peu importe : il porte encore en silence la même injonction.
Alors j'essaie de comprendre. Ce qu'on fait de la peine ; ce qu'on garde de la chute ; ce qu'on entend vraiment par spirituel.
Peut-être que monter n'a rien d'héroïque et peut-être que la sagesse, ce n'est pas d'échapper à la chute mais d'y consentir en douceur. En poète, en funambule, en amoureux.
Je ne sais plus si je monte ou si je descends, mais il y a du vent dans l'escalier.
Et il fait presque beau.
#Semaine_38 et sa playlist, comme un brouillard qui t'enveloppe et te fait hésiter entre monter ou descendre.
Lundi - Stairway to heaven - Led Zeppelin
Un escalier qui promet la lumière, trop beau pour être vrai, mais parfait pour trébucher dès le départ.
Yes, there are two paths you can go by, but in the long run, there's still time to change the road you're on
Mardi - Know who you are at every age - Cocteau Twins
Delphes résumée en un refrain : connais-toi toi-même. Ou perds-toi dans le flot des voix irréelles.
Mercredi - Slow emotion replay - The The
La vie comme une répétition ralentie. Le temps qui descend les marches avec nous, sans se presser.
You've gotta work out your own salvation
Jeudi - Alpha - Vangelis
Clarté solaire, synthés apolliniens. Le temps s'illumine mais l'éblouissement n'éclaire pas tout.
Vendredi - The host of Seraphim - Dead Can Dance
Les anges s'invitent, tremblants. Une plainte qui nous met à genoux mais qui refuse le désespoir.
Samedi - Monk's robes - Deradoorian
Changer de peau, enfiler une robe austère… La sagesse comme un costume temporaire et presque trop grand.
Standing in the rounds in my monk's robes, looking to the unknown sky
Dimanche - The end - The Doors
La descente finale : un serpent qui s'allonge, un escalier qui s'effondre dans le noir et l'acceptation d'un "sans chagrin" devant la fin.
The snake is long
Clique, écoute et laisse-toi glisser le long de l'escalier.
🎧 Playlist semaine_38
▶️ Apple MusicRead more
Vallée du carnage
L'Antiquité n'a jamais pris fin. La barbarie non plus. Romain Lucazeau nous entraîne dans une guerre sans dieux ni repos, magistrale et dérangeante.
Les absents
Certains silences ne sont pas des oublis : ce sont des réponses qui ne savent pas encore se dire.
Repères
Nos vies sont des droites parallèles qui parfois se heurtent. Et ces collisions font naître des repères - épingles lumineuses sur la carte du temps.
Chlorine
Le chlore, la rage et le vertige : Chlorine nous entraîne, brasse après brasse, dans l’esprit d’une nageuse à la dérive.